2000-2005

Réflexions

Notes sur mon travail


portrait
« Tout vient
du discours
entretenu entre
la forme
et le signe... »


2000

" En Asie, d'où je viens, le vide vaut un plein, et un signe peut changer la forme, la forme peut transformer le signe. Je ne sais pas pourquoi je choisis telle ou telle forme, elle finit par s'imposer à moi pendant le travail, je la sens lentement exister dans le même moment où je commence à projeter en moi le décor que je lui ferait porter. "

" C'est comme une longue gestation suivie d'un acte bref, souvent presque instinctif. Le tout étant d'arriver à penser, une fraction de seconde, que l'on est prêt à poser comme une signature sur la pièce et que ce signe épousera la pièce avec la complicité du feu et dont le sens jaillissant est lié à l'imagination de celui qui porte le trait. Il y a un rapport à l'énergie dans mon travail, entre découverte des forces vitales et libre expression de soi. "

2002

" Si j'ai choisi la technique du Raku , c'est pour le côté brutal, la rudesse du matériau, et tous les contrastes qu'elle offre, le noir, le blanc et les matières, le brillant et le mat , le satiné, le lisse, le rugueux, la craquelé. C'est pour l'extrême étendue des manipulations et la liberté d'expression qu'elle propose, que je m'y sent à l'aise. Ce qui m'intéresse ce sont les collisions entre les automatismes et les hasards contrôlés, les accidents, les formes paradoxales. "

2003

" Je ne sais pas expliquer non plus pourquoi après tant de temps à tourner la pièce au mieux, je lui inflige ce dé-tournage, ce détournement de forme quand je la contraint, que je la frappe. C'est comme si je n'arrivais pas à choisir entre le plan et l'espace "

" Ce n'est pas la tradition que je recherche dans le raku, je n'ai pas d'attirance particulière pour la cérémonie du thé. J'ai repris à mon compte l'expérimentation que les occidentaux ont faite de cette technique. La technique n'est qu'une technique, elle est faite pour être dépassée. Ceux qui ne voient dans le raku que l'aura sacrée qui entoure les bols à thé perdent le sens profond des fondateurs. Il s'agit seulement d' harmonie entre la forme et le matériau ..."

2004

" C'est par les formes aux modelés adoucis par les nuances de l'enfumage - cette variété de gris irriguant les veines du blanc qui contrarient ou épousent les géométries dessinées, tantôt en les ouvrant , tantôt en les fermant - c'est dans cette " part du feu " qui se dilue dans les vides ou se perdent mes signes, que mon travail, le feu et moi nous racontons des histoires… "

" Depuis 2 ans, j'ai presque laissé tomber la couleur, je suis venue à l'expression la plus minimaliste dans la conception. Quand je travaille l'émail blanc sur la terre blanche, je travaille en creux, j'attends le feu. Mes repères sont un peu ceux du photographe en laboratoire qui travaille ses pleins en négatif et attends la révélation. Mon révélateur, c'est le feu. "

2005

" Les noirs et les blancs dans mon travail, c'est un peu comme une remontée de la littérature chinoise, des peintures. La couleur perturbe l'attention que l'on porte au texte, à la forme... "

" C'est vraiment la forme qui m'intéresse, mon travail a plus à voir avec la sculpture et le design qu'avec la céramique telle qu'elle est perçue en europe : décorative ou utilitaire. Je ne cesse de répéter que je ne fais pas d'utilitaire, mais on ne cesse de me demander à quoi çà sert !!! "

" J'ai definitivement laissé tomber la fabrication de petites pièces et d'un autre côté je suis lasse de casser des pièces, je suis tentée par le grès : le raku est ingrat. J'ai peut-être fait le tour? Mes noirs et mes blancs ne me suffisent plus. Je vais peut-être travailler des pièces en technique mixte. Ce n'est pas que je ne veuille plus de noir et de blanc, c'est qu'ils sont trop limités dans les textures et les rendus, des émaux à grés me permettraient d'augmenter l'éventail des surfaces et des rendus, et puis il y a les formes... Je les maltraite trop pour qu'elles résistent au feu du raku. "

sceauTien Wen

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